Être nature
Dieu annule la souffrance des croyants, il est le sens absolu, celui qui ne laisse aucun silence, celui qui sait. Il est plein, Dieu ne souffre pas. Un sujet pensant qu’un autre ne souffre pas, ne sait plus qu’il souffre. Aucune souffrance, sinon la volonté de Dieu.
Sans Dieu, il y a du mal, du mal car il est inhérent à l’existence et non du mal pour un bien. Perdre foi c’est s’en souvenir. Perdre foi c’est voir des trous où l’on se supposait seulement ignorant.
je n’aurai d’amour que pour celui fait tout comme moi, d’attentes et de lassitude quant à l’envie de nous trouver justice, car toutes attentes ne demande qu’amour d’un autre qui n’attend plus, pour elle aussi, prendre repos. Je n’aurai pas d’amour pour celui qui pense m’aimer sans s’acquitter d’une dette, sans avoir à penser la trace qu’il laisse derrière lui, pressé par le temps qu’il subit. Je n’aurai pas d’amour, en celui qui, tout entier, pense m’avoir fait tout entier, mais me laissant le vide d’en admirer sa plénitude. Bien sûr, je manquerai à ses attentes, si de ce vide, j’aimerais savoir autre chose que ce qu’il a à me dire.
L’espoir de ne faire qu’à nouveau qu’Un, d‘être rendu à son créateur, est ce qui soulage la responsabilité d’être. Je ne me dois plus d’être quoi que ce soit qui ne lui appartient pas, je n’ai pas à assumer un sort dont il est désireux, je ne suis ni maître de mon désir, ni maître de ce que j’en fais. Je souffre seulement de cette enveloppe qui m’éloigne de lui, de ce corps malade et de mes yeux qui le cherchent sans pouvoir le trouver. Je l’entends, je le lis, je le crois, j’ai foi.
Dans l’attente, qu‘y a t-il ? Que faire du temps qu’il ne pourrait, lui, trouver long. Que fais-je d’une nature qui se née et meurt chaque jour, tout en ne cessant jamais d‘être ? Quand moi je crains même d’en faire partie et redoute d’en user. Pourquoi ai-je renoncé à mon droit sur terre en tant qu’être qui consomme ? La nature est emprunte à nos désirs, elle est d’une autre manière : nous la consommons tous, elle ne consomme rien. Elle n’a aucun désir que ceux qui l’habitent et n’a d’autre but, qu’être. Je ne suis pas disposé à être comme elle, car moi, Homme, je souffre d’être traversé par l’absence comme par l’éternel et si parfois j’en jouis, c’est exactement de douleur. Pourquoi me penser trace de Dieu comme une chose inerte, un objet déchu, alors que je suis apte à tracer par moi même ; alors que la nature prouve qu‘elle est de souffrance bien davantage que l’Homme, qu’aucune partie de nous ne sera reste car si un instant, l’absence nous traverse c’est qu’elle nous fait être nature, puis nous régurgite.
En quoi serai-je incapable de porter ma douleur, alors qu’elle est consubstantielle à la nature, que l’on admet être parfaite et est ce dont je ne peux être que témoin. Quelle crainte puisse me rester ? Celle d’une essence qui me serait voler après ma mort, celle d’un Dieu plus fort encore que la nature, qui s’emparerait de ma conscience, alors qu’il n’a su le faire de mon vivant. L’Homme est le seul à ne craindre moins sa mort que sa perte, il craint d’être déchiré et de ne savoir que faire de ses propres restes.
Il n’a jamais été question de pouvoir tout en dire, de cet espace qui nous creuse, nous divise; nous choisissons l’interprétation la plus condensée et la plus courte pour ne rien dissiper de son sens et faire croire qu’il est maniable, pourtant, la forme de nos propos, c’est tout ce que nous avons, afin qu’un maximum de ce qui est non-dit, puisse dépendre de ce qui est dit : puisse toucher ce qui est réel et qui ne saurait être interprété, ni de Dieu, ni de l‘Homme.